A petits pas

Il faut bien l’admettre, la société dans laquelle nous vivons est loin d’être tolérante envers les personnes en difficultés comme moi.

Si tu ne travailles pas et touche le RSA, comme moi, on te catalogue vite dans le rang des fainéants qui profitent du système. Mais quand les gens creusent et tombent sur ma situation médicale, ils se rengorgent un peu et font profil bas.

Durant de nombreuses années j’ai cru justement être un parasite du fait de cette situation, une sorte de gros boulet que les différents services administratifs se renvoyaient faute de ne pas savoir quoi faire de moi.

Cela n’a rien de valorisant.

Un jour de juin 2018 j’en ai eu ma claque d’être traitée comme une moins que rien et j’ai écrit un courrier au service qui s’occupait de mon dossier. J’ai expliqué mon cas, ma situation catastrophique, ma détresse, sans me préoccuper de ce que l’on dirait ou penserait de moi en retour.

Plus rien à perdre, j’étais au fond du trou je ne pouvais pas tomber plus bas.

Dix jours plus tard, une assistante sociale m’a répondu.

Elle est venue chez moi, chose qu’elle ne fait jamais, en réponse à ma phobie sociale.

Elle m’a écoutée, elle m’a aidée.

Elle m’a orientée vers une infirmière pour un suivi et une réinsertion sociale, pour être moins seule au quotidien et recréer du lien avec l’extérieur.

Cette infirmière, sentant que mon mal-être était profond, m’a orientée à son tour vers une thérapeute en Octobre 2018.

Depuis cet été, j’ai trois personnes formidables qui s’occupent de moi, qui m’aident sans relâche, avec douceur, patience et efficacité.

Elles viennent chez moi pour respecter ma phobie, ma souffrance, elles sont toujours disponibles pour moi, à l’écoute.

Et moi avec tout ça, j’ai la sensation de revivre, d’être un peu plus humaine, comprise et respectée.

Au fur et à mesure des rencontres avec ces trois personnes formidables, j’apprends à baisser les armes, je fais des petits pas, parfois des pas de géante même si je n’en ai pas vraiment toujours conscience.

J’apprends à découvrir une autre facette du monde et de la société, j’apprends à voir le côté humain et bienveillant que je ne pouvais pas voir jusqu’à présent.

Grâce à mon infirmière, je vais prendre à nouveau soin de ma santé, chose que je ne faisais plus car les démarches, les déplacements et le contact social étaient devenus ingérables pour moi.

Prendre soin de mes dents, me faire suivre pour mes problèmes de santé que je mettais de côté jusqu’à maintenant.

Retrouver ma dignité, mon estime de moi-même en accédant de nouveau aux soins, comme tout le monde le mérite finalement…

A la « beauté » aussi, puisque mon infirmière, ma sauveuse comme j’aime l’appeler car je le ressens vraiment ainsi, m’a mise en contact avec une association esthétique qui propose des soins, des épilations et un salon de coiffure pour des prix minuscules, spécifiquement adaptés pour les personnes aux tous petits revenus.

Essayez de vivre avec 484€ par mois avec un loyer, des charges, des courses, et vous verrez qu’à la fin il ne reste plus rien pour prendre soin de soi et se faire plaisir.

Aujourd’hui, c’est possible pour moi, possible pour moi de dompter ce corps que je mets tant d’ardeur à détester, et que mon équipe thérapeutique me pousse à voir autrement, à l’aimer, le chérir, le dorloter.

Je n’ai pas été habituée à ça moi, et franchement c’est dur d’aimer un corps négligé, en surpoids, et surtout un corps qui ne semble plus m’appartenir et m’écouter depuis des années.

Comme si les personnes qui l’ont piétiné, souillé et meurtri dans le passé s’en étaient accaparé, et qu’ils ne me répondait plus, ne voulait plus rien savoir.

Parfois, enfin souvent même mais j’ai du mal à l’avouer, il me parle, il crie, il me dit qu’il a faim, ou trop mangé, qu’il a besoin de ceci ou cela, qu’il aimerait bien un petit peu de douceur, de plaisir, qu’un nouveau petit vêtement coloré lui ferait du bien au moral, qu’un petit peu de crème sur ma peau la rendrait plus confortable, et moi je suis là et je ne fais rien.

Je suis bloquée car ce corps je ne le reconnais pas.

Déconnexion corps-esprit, vous voyez le truc?

Arriveriez-vous à vous occuper d’un corps qui ne semble pas vous appartenir, comme si votre esprit avait migré dans un corps inconnu sans que vous vous en soyez rendu compte?

Moi je n’y arrive pas.

La réappropriation d’un corps, de son corps est je pense l’un des processus les plus longs et douloureux qu’il faille entreprendre pour une personne victime de violence, d’abus, de troubles alimentaires et de dépression.

Chaque jour je me réveille avec ce corps, je le traîne, je fais ce que je peux de lui, pour lui, je lui donne le minimum, et quand il me crie trop fort dessus je l’anesthésie en le gavant de nourriture, de sucre, de gras.

Je frôle le poids à trois chiffres et je ne comprends pas qui il est, ce qu’il veut.

Tais-toi corps, on ne se comprend pas…

Un jour, peut-être serons-nous amis, alliés?

A petits pas, rien d’impossible.

Le voyage a déjà commencé…

6 commentaires sur « A petits pas »

  1. Merci Lili, je me reconnais beaucoup dans ce témoigne. Moi j’ai dépassé ce poids à trois chiffres. J’ai aussi des petits ennuis de santé et je dois revoir mon alimentaire et faire du sport…
    Ensemble on va y arriver.
    Tu es très inspirante pour moi.
    Bon courage et bonne journée.
    Quelle joie de te retrouver.
    😘💗💚

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    1. J’adore cette phrase: « Ensemble on va y arriver », c’est tellement vrai!
      Ne lâche rien, bon courage et merci infiniment pour tes mots qui me touchent profondément.
      Gros bisous 💋🍉

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  2. Bonjour Lili
    J’aime tellement la façon dont tu parles de tes angoisses, des problèmes que tu rencontres, des difficultés que tu as à surmonter quotidiennement.
    Tu as un réel talent dans l’écriture. Ta sensibilité à fleur de peau est peut-être ce qui t’a tant fait souffrir, mais c’est aussi ce qui te maintient en vie, qui te fait vibrer et qui te fait connaître un monde d’émotions qui t’est propre.
    Toutes ces pages que tu alignes, pourquoi ne pas en faire un livre ? Et le publier, si tu en as envie…

    Tu as une dure bataille à livrer, c’est sûr.
    Tu as la chance d’avoir une sensibilité tellement intense qu’il faut apprendre à l’apprivoiser : la voir comme une grande force et non plus comme un poids.
    Tu es bien entourée maintenant. Tu as posé les jalons, et il faut les suivre, petit à petit. Et puis, nous sommes là, nous, tes lectrices
    A bientôt
    Veronik

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    1. Coucou Veronik, je suis toujours touchée de te lire, merci beaucoup 🙏🏻
      Merci pour ton compliment, l’écriture est tellement naturelle pour moi, ça vient tout seul. Il est rare que je me relise car je ne veux pas enlever la spontanéité de mes textes (d’ailleurs il doit y avoir des fautes ou des soucis de syntaxe, désolée!).
      J’ai essayé d’écrire des livres par dizaines mais je n’y arrive pas, je n’arrive pas à les terminer. Un jour peut-être! Je t’avoue que j’aimerais bien être écrivain… chaque chose en son temps!
      Merci d’être là, merci infiniment.
      Bisous 😘

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  3. Je n’ai absolument pas les meme soucis que toi, mais je me suis aussi longtemps sentie complètement déconnectée de mon corps. J’ai l’impression de vraiment faire de grands pas en avant depuis que j’ai commencé le yoga il y a 3 mois: pour la premiére fois il y a des instants ou j’aime le bouger, le sentir et centrer mon attention dessus. Je sens que cette expérience me change profondément, aussi bien physiquement que mentalement. Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire, nous ne sommes pas si loin sur cette route d’acceptance de nous-meme!

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    1. Oh le yoga ça doit être une activité merveilleuse pour ressentir son corps, j’aimerais bien essayer mais je n’ose encore pas sortir alors faire un truc en groupe ce n’est pas encore pour moi.
      Je te souhaite d’être heureuse dans ton corps, ta peau, et je te fais des millions de bisous 😘

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